|
Note individuelle
: |
Qui était Jean Thiery ?
Il est né vers 1578 à Chateau Thierry dans une famille d'origine lorraine. La famille Thiery s' était divisée en trois branches au 15ème siècle : une branche qui est restée lorraine une branche devenue suisse (à Bâle) une branche devenue champenoise (celle de Jean) La branche champenoise était plutôt bourgeoise, ce qui explique le niveau d'instruction de Jean Thierry satisfaisant pour l'époque (il savait lire et écrire), mais peu fortunée, ce qui explique son désir d'acquérir un patrimoine par ses propres moyens. Son père, François, né à Signeville (dans le département actuel de la Haute Marne), marié avec Françoise Bricot était verrier. Son grand-père, Robert (décédé à Signeville), avait été gendarme du Roy de France et avait eu trois fils : François, le père de Jean, Pierre et Claude, ses oncles. Si Jean a eu des frères, il ne les cite pas dans son testament. C'est vers l'âge de 13 ou 14 ans (probablement au cours de l'année 1592) qu'il a quitté sa famille et sa ville pour faire fortune. Après trois années de pérégrinations, il arrive à Brescia, importante ville de Lombardie (dépendant de la République de Venise) en 1595. Il travaille comme valet à l'auberge de la Tour, établissement très fréquenté à l'époque. C'est là, huit mois après son arrivée à Brescia, qu'il rencontre Athanase Tipaldi (ou Anathaze Tipaldy) qui est un riche négociant d'origine grecque ( ou napolitaine suivant les sources), célibataire, sans enfant, qui voyage pour ses affaires. Le trouvant intelligent et instruit, Tipaldi engage Jean comme secrétaire. Pendant une quarantaine d'années ils voyagent et travaillent ensemble. Jean reste fidèle et dévoué jusqu'à la mort d'Athenase qui survient en 1636.
Comment s'est constitué l'héritage ?
En 1636, Jean Thiery recueillit l'héritage que lui avait laissé son ami et maître, Athanase Tipaldi. Celui-ci en effet avait fait le 1er août 1636, auprès d'un notaire de Corfou, maître Santonida, un testament qui instituait Jean comme légataire universel. Cet héritage le rendait déjà très riche, propriétaire notamment de huit cent mille écus vénitiens dits à la Croix, de trois navires marchands et de plusieurs maisons. Resté seul, célibataire, sans enfant, Jean consacra toute sa vie au négoce international, ce qui lui permit d'augmenter considérablement sa fortune.
Agé, il se retira à Venise, dans la maison d'un dénommé Mora, sénateur de la République. Pour éviter que l'on connaisse l'importance de sa fortune et ainsi pour ne pas être trop importuné, il fit son testament à Corfou auprès du notaire de Tipaldi. Ce testament daté du 10 février 1654 désignait : comme exécuteur testamentaire le dit Mora et comme légataires les Thierry de Champagne, c'est-à-dire les éventuels enfants nés du mariage de ses parents, François Thierry et Françoise Bricot (en excluant ses demi-frères s'il y en avait). à défaut de frères, les fils de ses oncles Pierre et Claude qu'il désignait nommément, et à défaut encore, les Thierry de Bâle et de Lorraine. Il mourut à l'âge de 95 ans, en 1676, à Venise, laissant un fabuleux héritage. En quoi consistait l'héritage ?
1. trois maisons jointes ensemble après le palais du doge 2. deux autres maisons dans l'île de Corfou, près de l'église de St Spiridion, (ou Spiridon) 3. une maison de campagne sur le canal du Mont Padon 4. un sac de quatre pieds de long et autant de large plein d'or massif et de lingots 5. 80.000 ducats d'argent de cinq livres 6. 50.000 louis d'or sur l'Hôtel de Ville de Paris 7. 6 barils de poudre d'or 8. 6 carrosses et calèches qui sont dans l'île de Corfou 9. 2 cassettes de vases d'argent pesant chacune 200 livres 10. six cassettes de chandeliers d'argent pesant chacune 300 livres 11. 2 petits sacs de pierres précieuses et valeurs 12. 3 bâtiments neufs chargés de pierres précieuses qui sont arrivés après la mort de Jean Thierry 13. 17 lits de différentes étoffes de plusieurs couleurs 14. 40 glaces et miroirs, petits et grands 15.10 armoires et commodes et beaucoup de batteries de cuisine 16. 100 fauteuils ornés d'or et d'argent et autres meubles d'appartement 17. 800.000 écus à la Croix portés au testament de Tipaldi en celui de Thierry L'héritage a été évalué à : 57 millions de francs de l'époque !!!.
Dans les années et siècles suivants, les évaluations ont atteint des chiffres souvent incroyables. (par exemple 4 milliards de francs-or vers 1917 et 124 milliards en 1937).
Qu'est devenu l'héritage entre 1676 et 1796 ?
Il est resté à Venise, déposé à la banque ZECCA. C'est seulement en 1679 que Mora, sénateur de la République de Venise et exécuteur testamentaire, se décide à partir pour la France ; peu pressé de retrouver les héritiers de Jean, il se rend à Paris plutôt qu'à Chateau-Thierry. Quelques mois plus tard, les aventures commencent : trois mystérieux cavaliers brûlent l'église du village de Signeville (où sont nés le père et les oncles de Jean), ce qui explique la disparition des registres de la dite église. Les mêmes individus auraient utilisé de faux témoignages et un faux brevet du roi pour obtenir l'héritage qui leur fut heureusement refusé En 1681, un officier français, Guyot de Vertamont, se présente à Venise, se dit héritier, recommandé par le roi Louis XIV : on lui refuse le droit à l'héritage en 1690. dans les décennies suivantes, les soit-disants descendants des oncles de Jean Thiéry se manifestent eux aussi. Mais le pouvoir royal se préoccupe plus d'obtenir le trésor pour la France que pour les héritiers. C'est ainsi qu'en 1697 le roi Louis XIV mit opposition à la succession Thiéry Certes une sentence d'homologation des héritiers est obtenue mais en 1748 une sentence d'opposition vient la contredire Certes en 1781, par arrêt du conseil du roi Louis XVI, une commission est créée, mais elle déboute toutes les parties en 1784. Certes la Chambre de Cassation casse l'arrêt de la commission en 1791, ce qui rétablit théoriquement les héritiers dans leurs droits mais ce qui n'a aucune conséquence pratique. L'Assemblée Nationale (en l'occurrence la Convention) : décide par décret du 26 juillet 1793 que le jugement définitif sera rendu, sur la vue de simples mémoires, par des arbitres nommés par les différentes parties en cause. mais toutes les décisions sont suspendues en raison du bouleversement des tribunaux provoqué par la Révolution. Finalement le Directoire, le 21 Prairial an IV [9 juin 1796], donne l'ordre au général Bonaparte, qui est alors en Italie, de prendre possession de l'actif de la succession, ce qu'il fît : il se servit d'une partie des fonds pour les besoins de son armée. il expédiera le reste à Paris (on dit qu'il a fallu "22 charrettes escortées de 3000 cavaliers" sous les ordres du général Berthier).
De 1796 à nos jours
Le trésor restant demeurera en France dans les caisses de l'Etat Les prétendus héritiers continuèrent de se précipiter : d'abord "les descendants" des oncles Claude et Pierre qui furent éliminés - au moins provisoirement - en 1817. puis les "descendants" des frères, de plus en plus nombreux, (alors qu'aucun frère, rappelons-le, n'est nommé dans le testament de Jean) : se présentent en effet des "descendants" de Gilbert, de Siméon, de Zaccharie, de Julien, d'Etienne, de Claude... enfin à nouveau un descendant d'un oncle, un certain François Thiery. Mais le pouvoir judiciaire continue à repousser toute solution définitive : entre 1822 et 1838 s'accumulent les jugements (exemple le 30/7/1822), les tierces oppositions à ces jugements (exemple : le 19/9/1824), les déclarations d'inscriptions de faux (actes de baptême douteux, car grattés ou troués par exemple), les interventions non recevables, les vérifications de toutes sortes etc.... finalement tous les prétendants sont évincés sauf deux : en juillet 1827, en effet, la troisième Chambre du Tribunal Civil de Première Instance de la Seine ordonne que la succession soit partagée par moitié entre la descendance de Julien Thiery et celle de Zaccharie, ce qui ne sera jamais fait!! si bien, que l'imbroglio persiste pendant la fin du 19ème siècle et pendant le 20ème siècle : parmi les prétendants, une certaine madame Cotton se signale par sa persévérance : dès 1870 elle prétend à l'héritage ; en 1908, elle assigne à la fois l'état français, l'état italien, l'état autrichien et la banque Zecca de Venise ; en 1913 elle réclame 20 millions-or de l'état français ; mais la même année, elle est déboutée ! d'autres héritiers se déclarent dans plusieurs villes de France, en particulier à Lyon ; un syndicat de défense des héritiers est fondé à Gand en 1937. la politique intervient, notamment en 1889 sous forme d'une grande pétition (signée en particulier par Sadi Carnot) et d'une proposition de loi déposée par quatre députés (dont Frédéric Passy) prévoyant une allocation de 500000 francs-or à madame Cotton. Cette proposition de loi ne fut pas adoptée en raison de l'opposition du Ministère des finances de l'époque. la presse s'en mêle aussi à plusieurs reprises, en particulier de 1908 à 1913 et en 1937 et 1938, accumulant les détails fantaisistes et les interprétations fallacieuses. Mais déjà en 1890 le New York Times du 28 juillet relate l'histoire cliquez ici (document très aimablement fourni par Olivier Steinmetz) En 1938, notre histoire semblait s'achever : (d'après le journal Paris-Soir du 18 décembre 1938) cliquez ici un expert en généalogie, aurait été désigné par le gouvernement ; il aurait établi une généalogie considérée par certains comme définitive ; elle mentionnerait les noms de trente cinq descendants auxquels on a proposé 28 millions de francs (soit environ 550000 francs de 1938 par héritier). Or, en 1969, un congrès s'est tenu à Cologne rassemblant certains héritiers de Jean Thiery : d'après un article de l'Aurore du 24 juin 1969, Peter Tiver, agent immobilier à Essen était leur porte-parole cliquez ici (document très aimablement transmis par Patrick et Elisabeth Cellier) Cette histoire a-t-elle une suite ? si oui, qui la connaît ?
Commentaires et conclusions
Il est certain que le fabuleux héritage a bien existé. Il est également certain qu'il est -en grande partie au moins- resté dans les caisses de l'état français depuis plus de deux siècles. Il apparaît hautement probable qu'il y avait bien des héritiers légitimes. Si Jean avait réellement des frères -ce qui reste à prouver semble-t-il- ce sont bien eux les héritiers (eux et leurs descendants). Si Jean n'avait pas de frère, ses oncles (et leurs descendants) auraient dû hériter ; rappelons que Pierre et Claude sont nommément désignés comme oncles dans le testament de Jean. Antoine Thiery né en 1623 à Signeville est confirmé par "acte de notoriété"cliquez ici rédigé en 1781 comme étant petit-fils de Robert et fils de Claude. Antoine Thiery et ses descendants sont donc des prétendants sérieux à l'héritage. C'est pourquoi les frères Foissy [Antoine Guillaume et Jean Baptiste], descendants d'Antoine Thiery ont rédigé en 1793 un mémoire cliquez ici en vue du jugement définitif qui était prévu par le décret du 26/7/1793 de la Convention sans rien obtenir. C'est pourquoi le mari de Pierrette Foissy, elle aussi descendante d'Antoine, a envoyé le 20/5/1889 une lettre destinée au député Frédéric Passy (qui participa à une proposition de loi en 1889), sans succès.cliquez ici Sources
Jean-Louis BEAUCARNOT : Le fabuleux trésor du marchand de Venise ref : Généalogie Magazine, n°49 (6 pages)
Actes en notre possession, notamment : Acte de notoriété de 1781 destiné à établir la filiation entre Robert Thiery grand-père de Jean Thiery et Antoine Thiery ancêtre des prétendants cliquez ici Mémoire des frères Foissy de 1793 cliquez ici Lettre de Pierrette Foissy en 1889 cliquez ici Extraits de presse du 20ème siècle de 1908 à 1938 par exemple : Paris Soir du 18 décembre 1938 cliquez ici
Le Petit Parisien du 29 août 1937 cliquez ici
Le Figaro du 29 octobre 1964 cliquez ici Compléments à l'arbre généalogique de Robert Thiery trouvés sur Geneanet Source de ces textes pour retrouver les liens : http://singo.club.fr/jean_thierry.htm
|